Grammaire de la langue normande

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Grammaire de la langue normande

Message par Steinn le Jeu 13 Oct 2011 - 8:22

PRÉSENTATION:

Aujourd'hui, le français est la seule langue reconnue officiellement en France. Heureusement, quelques langues minoritaires qui lui sont de loin apparentées, arrivent à s'installer et à se forger une certaine reconnaissance auprès du public français. C'est le cas du breton ou du basque. Hélas, d'autres langues, plus proches, ont du mal à subsister, et sont fatalement réduite à l'état de patois par les coups de préjugés du public. Ces langues, autrefois aussi glorieuses que la langue française, voient leur reconnaissance bafouée. C'est notamment le cas du normand : langue littéraire importante aux divers dialectes locaux, et pourtant menacée par le français.



I] Une langue de culture:

Le normand est une langue d'oïl. Elle se range aux côté du gallo, du franc-comtois, du lorrain, du wallon, etc ... Elle est donc issue de la même base romane que le français actuel ... Ce n'est pas une langue fille du français, mais une langue sœur. C'est à dire qu'elle n'en est pas issue !
Au Moyen Âge, diverses variétés dialectales étaient en concurrence, jusqu'à ce que le francien (ancêtre du français actuel) prédomine. Le normand était la langue de la puissante cité de Rouen, mais aussi celle de la cour d'Angleterre. Et j'ajouterai même à cela que mountain, chair et candle ne sont pas des emprunts au français, mais au normand.

Comme beaucoup d'autres langues d'oïl, le normand a conservé quelques archaïsmes. Par exemple l'évolution du /ei/ (issue du /i/ accentué latin) en /oi/ est absente dans la plupart des parlers normands. De même, on retrouve la prononciation /yeu/ du mot je dans le Calvados, ce qui n'est pas sans rappeler l'occitan. Mais, contrairement a l'idée généralement répandue, elle n'est pas plus archaïque que le français. Elle a seulement évolué différemment. Ainsi, beaucoup de consonnes toniques finales disparaissent en Normand (ex: mer <-> mé).

Il est aussi important de souligner que malgré un apport germanique important (mielle, esnèque, etc ...), la langue normande n'en est pas pour autant une langue germanique. Elle est seulement, avec la plupart des autres langues d'oïl, y compris le français, une langue romane relativement germanisée. On peut ainsi comparer le normand à la langue anglaise qui a été latinisée, mais qui n'est pas pour autant une langue latine !

De même, certains préjugés font dire que le normand n'a qu'une tradition écrite récente et issue de la campagne. Non, le normand n'est pas seulement un patois. C'est aussi une langue de culture : par exemple, l'épopée nationale normande (Le Roman de Rou) fut écrite dans cette langue au 11e siècle. Même si la littérature moderne est principalement patoisante, il ne faut pas oublier que cette langue fut écrite avant le français ! Et qu'il ne tient qu'a nous de lui faire renaître une littérature riche et variée en genres !



II] Une langue, des dialectes:

Le normand se subdivise lui même en dialectes (pas toujours inter-compréhensibles) dont les plus importants sont : le cauchois, le cotentinais, le brayon, le jerriais et le guernesais, eux même divisés en sous-dialectes. Des variations peuvent même survenir d'une ville à une autre. Ainsi, mei (moi) se dira /ma/ dans l'Eure, /mè/ dans le Cotentin, /meu/ dans le nord du pays de Caux, /mey/ dans le bocage virois, etc ... Certaines prononciations peuvent même varier d'un génération à l'autre !

De manière générale, on divise le Normand en deux aires : le normand méridional et le normand septentrional. Ils sont séparés par la ligne de Joret qui, pour dire les choses simplement, délimite la palatalisation du /k/ en /tch/, et du /g/ en /dj/ ... Le normand septentrional est généralement considéré comme une langue à part entière, tandis que le normand méridional serait plutôt un "français de Normandie". C'est à dire, un français mêlé à un lexique normand. Mais, comme toujours, les choses ne sont pas si simple. On aurait tort de classer le normand méridional dans l'un ou l'autre camp ... En effet, il représente un continuum dialectal issu de la corrélation entre le français et le normand. S'interroger sur l'appartenance du normand méridional à l'espace normannophone reviendrait à s'interroger sur l'appartenance du Brayon à ce même espace. Ce dernier présentant effectivement de nombreuses similitudes avec le picard ... Mais ne sortons pas de notre sujet pour aller nous perdre dans l'infinie question: Langue ou dialecte ?

Il faut aussi prendre le problème à sa base ! Le Normand est une langue en danger ! Non pas à cause de la perte de ses locuteurs, mais d'un phénomène encore plus grave : sa francisation ! En effet, même dans les "grands centres" normannophones, le normand a tendance à se rapprocher du français. Ainsi, dans le Cotentin, on dit caunchoun pour chanson, mais chauntaer au lieu de cauntaer, comme dans le pays de Caux, pour chanter. De même, le lexique de base se perd au profit d'un lexique français normannisé, et seul le vocable spécialisé, dans l'agriculture ou la pêche par exemple, survit. Le Normand est donc plus fortement menacé par le français que ne l'est le Breton par exemple. Car celui-là le ronge de l'intérieur.

Le Normand est donc une langue présentant de nombreuses variétés dialectales. Il se pose donc naturellement le problème de l'unification de la langue.



III] L'unification du normand:

En effet, la question se pose alors de savoir quelle serait la référence orthographique. Nous traiterons ici du normand continental, les parlers anglo-normands ayant déjà, majoritairement, une orthographe bien établie.
Les Cotentinais ont été les premiers à réagir à cette nouvelle demande. Il est à savoir que c'est en effet dans le Cotentin et dans le pays de Caux que la langue normande s'est le mieux préservée. À la fin du 19e siècle et au début du 20e, de nouveaux auteurs normands commencèrent à écrire dans leur langue : le cotentinais ! Ce fut le cas de Louis Lebeuve et de Fernand Lechanteur. Ces auteurs commencèrent ainsi à imposer une orthographe et un lexique typiquement cotentinais comme base de référence, tout comme le francien l'a fait avec ses langues sœurs. Ce phénomène, nullement conscient, est pourtant dangereux pour la diversité normande, car il pousse le cotentinais au rang de Langue Normande auprès du public francophone, et brise ainsi la "littérarisation" des autres dialectes normands.

De plus, cette graphie dite "normalisée" pose de nombreux problèmes, et ne satisfait que très peu de Normands. En effet, la graphie "proposée" par Fernand Lechanteur éloigne le normand de sa tradition graphiquement en écrivant, par exemple, que au lieu de ke ; mais aussi de sa propre prononciation ! Ainsi, le mot qùi se prononce /tchi/, et chauntaée se prononce /kantaye/ dans de nombreux dialectes. Cette graphie, surtout proche du cotentinais, est donc bien loin d'être au point, et pourtant continue d'être employée comme norme par la majorité des patoisants, délaissant alors la langue parlée pour la "langue écrite". Ainsi, les dialectes normands serait condamnés à s'unir sous la bannière d'une graphie francisée qui, à terme, fera perdre aux futurs locuteurs normands, l'essence même et la variété de la langue normande. Mais alors, comment réussir à sauver la langue normande dans toute sa diversité et son originalité ?

Pour tenter de réfléchir à cette question, nous prendrons la situation linguistique norvégienne comme exemple. En effet, la Norvège bénéficie de deux formes écrites officielles de sa langue. Pourtant, la langue norvégienne est loin d'être unie. Chaque personne parle et écrit dans son dialecte! Ceci permet de conserver un tant soit peu leur diversité linguistique : chaque dialecte prend l'une ou l'autre des deux formes écrites comme base et l'adapte ensuite à son système phonétique. Ceci permet, tout en restant dans la tradition graphique norvégienne, de faire valoir son appartenance, mais aussi sa différence. Un tel procédé serait l'idéal en Normandie ! Il suffirait de prendre comme bases écrites et le parler d'Avranche, et le parler du pays de Bray, afin d'englober les différentes variétés régionales. Mais pour cela il faut absolument conserver une graphie neutre et pourtant traditionnelle ... Peut-être celle du Roman De Rou ?



IV] Conclusion:

La langue normande est donc une langue dotée d'une longue tradition littéraire étroitement attachée à celle de son peuple. Elle est aujourd'hui divisée en diverses variétés dialectales qui demandent toutes d'être un tant soit peu unifiées. Seulement, cette unification est lente et difficile : certains parlers tendent à s'imposer comme norme et ainsi, à écraser de plus petits parlers. Mais le véritable problème se trouve être la francisation constante des divers parlers normands, mais aussi de leurs graphies. A terme, le normand risque de n'être plus qu'une déformation locale du français, sans qu'on aie la moindre trace écrite de sa richesse lexicale ... Déjà, normaund ne rime plus qu'avec vaque et bâtiâos ...

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