Tempête sur les plages du débarquement

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Tempête sur les plages du débarquement

Message par Virginie le Lun 8 Aoû 2011 - 9:23

Tempête sur les plages du débarquement

Le projet d'un parc éolien offshore à proximité des côtes normandes suscite l'incompréhension presque unanime des anciens soldats américains, canadiens, australiens. Une pétition en ligne a déjà rassemblé 2 500 signatures.




Soixante-sept ans plus tard, le souvenir des plages ensanglantées de Normandie hante toujours la mémoire du major Roy Eddy. Il avait tout juste 20 ans, le 6 juin 1944, lorsqu’il s’est trouvé à la barre d’une barge de débarquement remplie de soldats à destination de Juno Beach. La plupart d’entre eux n’en sont jamais revenus. A 87 ans, Eddy vit à présent à Mississauga, non loin de Toronto. Depuis la fin de la guerre, il est revenu 22 fois en Europe. Aujourd’hui, il n’arrive pas à comprendre le projet du gouvernement français qui souhaite installer un parc éolien au large de Juno Beach où 340 soldats canadiens sont morts le jour du débarquement.



"Cela enlèverait tout caractère sacré au lieu", explique Eddy. "Pour un endroit où des milliers de soldats ont trouvé la mort, cela détournerait terriblement l’attention." Annoncé en janvier dernier par Nicolas Sarkozy, ce projet de 20 milliards d’euros prévoit la construction de 600 éoliennes sur cinq sites au large des côtes françaises [dans l'Atlantique et la Manche]. L’appel d’offres vient d’être lancé et l’on connaîtra la proposition retenue au début de l’année 2012. Le parc éolien devrait être opérationnel en 2015. En France, le collectif Epaw (Plateforme européenne contre l’éolien industriel) regroupant 483 organisations, critique vivement ce projet et appelle à un moratoire sur tout nouveau chantier éolien. Son président, Jean-Louis Butré, se dit opposé aux éoliennes pour toute une série de raisons sanitaires, esthétiques et historiques.

"C’est une grave erreur pour l’image de la France dans le monde", a-t-il déclaré au cours d’un entretien téléphonique. "Beaucoup de familles de soldats anglais et canadiens estiment que la France ne devrait pas faire une chose pareille." D'une hauteur de 150 mètres, les éoliennes installées à 10 kilomètres des côtes créeront un effet "discothèque" pendant la nuit, explique Jean-Louis Butré. Tandis que le gouvernement affirme que la centaine d’éoliennes prévues au large de Courseulles-sur-Mer seront à peine visibles depuis la plage, les opposants au projet soutiennent que tout le monde pourra les voir depuis l’une des cinq plages du débarquement.

La pétition en ligne contre ce projet a rassemblé près de 2 500 signatures en Europe, en Australie et en Amérique du Nord. Tous les vétérans du débarquement ne sont toutefois pas hostiles au projet français. Garth Webb, président et directeur de la Juno Beach Centre Association, n’est pas opposé à l’implantation d’un parc éolien au large de Courseulles-sur-Mer, où se trouve pourtant le Juno Beach Centre. Pour lui, les éoliennes n’auraient pas d’impact négatif sur le musée ou le centre culturel commémorant le sacrifice des soldats canadiens en Europe. "C’est difficile à visualiser mais je ne vois pas en quoi cela pourrait nous porter préjudice", explique le vétéran de 92 ans. "Nous sommes au XXIe siècle, il faut vivre avec son temps. Je n’y vois rien d’offensant."

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21/07/11
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Virginie


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