Les Vikings redébarquent en Normandie

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Les Vikings redébarquent en Normandie

Message par Steinn le Mar 23 Déc 2014 - 9:39

Paris-Normandie a écrit:
Identité. Pendant des siècles, on fait semblant de ne pas les connaître... Les Vikings reviennent en force. Un son et lumière à Rouen, un projet de musée dans la région, ils vont envahir de nouveau la Normandie.



Sur la trace des Vikings... C’est le nom du gros monument chromé que les Parisiens qui arrivent en Normandie découvrent sur le bord de l’autoroute. Les voilà prévenus, ils débarquent bel et bien en terre viking. Mais l’aventure s’arrête là. Ceux qui espèrent aller à la rencontre d’un peuple qui a laissé ses marques sur le territoire en sont pour leurs frais. À part quelques noms de communes aux origines scandinaves, quasiment rien ne vient rappeler la présence des « northmen ».

À l’office du tourisme de Rouen, on est bien en peine de répondre au visiteur qui veut partir sur les traces des envahisseurs : une statue de Rollon et une pierre runique offerte par le Danemark à l’occasion du millénaire de la Normandie dans les jardins de l’abbaye Saint-Ouen, le gisant de Rollon dans la cathédrale, un gîte (page 11), quelques initiatives plus folkloriques, et on a fait le tour de la question... Le Comité régional de tourisme de Normandie est un peu plus bavard et donne quelques liens en Basse-Normandie (le site Ornavik près de Caen ou le drakkar Dreknor dans la Manche), mais l’un comme l’autre reconnaissent qu’il y a peu de demandes de la part des touristes...

Ça devrait changer. Comme s’il s’agissait de trouver un symbole fédérateur pour une Normandie bientôt réunifiée, les initiatives se multiplient. Nicolas Mayer-Rossignol, le président de la Haute-Normandie, ne s’y trompe pas. Il nourrit un projet de musée dédié à l’histoire des Vikings. « J’aimerais l’appeler le Drakkar. Il est encore trop tôt pour fixer une date et un lieu, mais 2017 serait l’idéal et une implantation au bord du fleuve ou de la mer paraît logique ». Le président de région parle de contacts avec des tour-opérateurs scandinaves, de la sélection d’une équipe de scientifiques pour mener à bien le projet, dont on dit qu’il pourrait voir le jour près d’une base de loisirs. Jumièges, à un jet de hache de l’abbaye, incendiée en 841 par les Vikings ? Le budget 2015 de la région évoque en tous cas « une étude de préfiguration d’un musée des Vikings ».

Plus proche, le spectacle son et lumière projeté tous les étés sur la façade de la cathédrale sera dès le vendredi 5 juin (à 23 h) en partie consacré aux Vikings (en remplacement de Première impression sur l’impressionnisme). Cosmo AV, auteur des spectacles sur Jeanne d’Arc et sur l’impressionnisme, et dont la candidature a été retenue fin novembre, planche déjà sur le sujet.

« Leur proposition nous a intéressés car ils évitent la caricature du Viking guerrier, note Frédéric Sanchez, le président de la Crea. Ils présentent quelque chose d’assez différent, évoquent les fondateurs de civilisations brillantes. Ils remettent les Vikings à leur juste place, dans une histoire plus complexe, plus riche, plus lumineuse ». Par ailleurs, la Crea projette aussi un spectacle au Palais de justice de Rouen sur l’histoire du Duché de Normandie, « le maillon entre les Vikings et Jeanne d’arc ».

Pourquoi les Vikings, un thème longtemps délaissé par les institutions ? « La création de la métropole, celle de la région normande renvoient à la problématique de l’identité, des origines. Il y a une sorte de remobilisation autour d’une identité renouvelée et l’histoire d’un profond métissage, qui a fait de la métropole un carrefour de civilisations et de peuples », poursuit Frédéric Sanchez, qui dit sa volonté « de ne pas revisiter le passé avec nostalgie, mais en utilisant les technologies nouvelles ». Plus prosaïquement, il évoque également la volonté d’exploiter le gisement d’emplois que peut générer le tourisme. « Par rapport à des agglomérations comparables comme Nantes, Rennes, Montpellier, nous sommes en retard ».

On retrouve parfois le même discours en Basse-Normandie (dont le logo s’orne déjà d’un drakkar), où certains voient le filon des plages du Débarquement s’essouffler avec l’inévitable disparition des anciens combattants.

Comme si, près de douze siècles après leurs premiers débarquements, les Vikings allaient une fois de plus être le ciment de l’identité normande.

GILLES LAMY



Noms de villages et casques à cornes


Toponymie. L’héritage le plus notable se situe dans la toponymie. Le nom de centaines de communes, dans le Cotentin, dans la plaine de Caen, en Roumois ou en pays de Caux, trahit une origine scandinave. Notamment tous ces noms qui se terminent par -tot (ferme), -fleur (estuaire), ou -beuf (chaumière) : Honfleur, Harfleur, Barfleur, Quillebeuf, Elbeuf, Yvetot... Ce qui en dit long sur l’influence de la culture viking...

Camps fortifiés. En 850, les Vikings installent une première fortification sur l’île d’Oissel, qui devient Thorholmus, l’île de Thor.

Cornes. Non, les Vikings ne portaient pas de casques à cornes. Il s’agit d’un mythe créé au 19e siècle et popularisé par de nombreuses fictions (comme les BD Astérix ou Hägar Dünor). Certains y voient une influence de l’imagerie chrétienne, qui diabolisait ainsi les Vikings... Les casques étaient en cuir, voire plus tard en métal pour les plus riches.

Ils ne buvaient pas non plus le sang dans le crâne de leur ennemi, leur culture prônait plutôt le respect de la vie humaine.



Vikings : la fureur des Normands


REPORTAGE. « Appeler le futur musée le Drakkar ! Vous n’y pensez pas ? Il ne faut pas lui donner ce nom stupide. Il ne manquera plus qu’un magasin de casques à cornes »... A Doudeauville, au-dessus de Gournay-en Bray, Nadine et Alexandre Deffains exploitent un gîte viking, le repaire d’Asgeir.

« Mon mari, lui-même descendant danois, nourrit une passion pour les Vikings, explique Nadine. Il y a trois ans, nous avons monté notre gîte en nous mettant en relation avec des historiens et des archéologues ». Elle est bien placée pour savoir que le nom de drakkar donné aux bateaux des envahisseurs est complètement fantaisiste. « Il s’agit d’un terme inventé au XIXe siècle, à partir de la tête de proue des navires, qui représentait un dragon. Appeler un musée le Drakkar, ça nous fera doucement rigoler ».

Au repaire d’Asgeir, Nadine et Alexandre ne font pas dans le folklorique : « On est là pour faire connaître l’histoire. La lire c’est bien, la vivre c’est mieux ». Pour 125 € le week-end (deux jours, une nuit), on cuisine viking, on habite viking, on dort viking. On est même rebaptisé avec un prénom viking... C’est parfois un peu rustique, mais ça marche. « Nous accueillons de plus en plus de monde chaque année. Pour mars 2015 (nous fermons l’hiver), nous sommes déjà complets ».

Autant dire que le couple voit d’un bon œil les institutions s’emparer du sujet. « Il était temps qu’on en parle. En Angleterre, au Danemark, des villages ont été reconstitués, des musées ont été construits. En France, on est à la ramasse », poursuit Nadine, toujours amère que le conseil général de Seine-Maritime n’ait rien fait en 2011 pour le 11e centenaire du traité de Saint-Clair-sur-Epte. « Il paraît que la Normandie n’avait pas besoin de ça parce qu’elle était assez connue »...

« On est un peu déçus qu’ils s’y prennent si tard. Mais c’est intéressant de relancer l’histoire des Vikings, car on n’apprend plus grand-chose les concernant à l’école », remarque Christophe Bouclon, président de Akaz Aett, une association normande de reconstitution historique. Une grande fête viking se tenait à Eu tous les deux ans, et rassemblait jusqu’à 20.000 visiteurs, mais elle n’est plus reconduite depuis 2007 ».

Serait-ce l’image un rien sulfureuse que traînent les Vikings derrière eux depuis des siècles ? « Il n’a pas toujours été de bon ton de se référer à cette culture païenne, explique Arnaud Le Fèvre, président de Hag’Dik, société historique bas-normande qui intervient dans les écoles, propose des festivals, des spectacles et des reconstitutions. Ma grand-mère a connu à la messe du dimanche l’abjuration des ancêtres vikings que l’on faisait réciter dans une prière : A furore normanorum libera nos domine. De la fureur des Normands, libérez-nous Seigneur. Même en Scandinavie, les luthériens n’appréciaient pas outre mesure leurs ancêtres ». Ajoutons à cela quelques raccourcis qui voudraient que les Vikings aient inspiré le IIIe Reich, quelques essais de réappropriation du mythe viking par une extrême droite en mal d’image, et on peut comprendre que les institutions ne se soient pas pressées pour exploiter le filon. À Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, on est bien loin de toutes ces considérations. Sur le site d’Ornavik, lancé en 2011 à l’occasion du 1100e anniversaire, on a enregistré pas moins de 12 000 visiteurs, « en n’ouvrant que quelques dimanches par an », précise Christian Sébire, l’un des concepteurs de ce parc de 10 hectares qui regroupe village carolingien, campement scandinave et château à motte. Comme tous les passionnés, il se réjouit du projet de musée de la région. « Les Normands, même s’ils ne connaissent pas leur histoire, sont fiers d’être des descendants de Vikings. Et dans le cadre de la future Normandie, nous devons nous donner une entité. Mais il faut qu’il y ait une véritable concertation. Un musée des Vikings ? Historiquement, c’est plus pertinent en bord de Seine. Touristiquement, il a sa place près du centre Guillaume-le-Conquérant. Et il faut que le futur musée soit d’une grande qualité : exigeant sur le plan historique, tout en restant très ludique ». Les Vikings n’ont pas fini de semer la zizanie...

G.L.



Des envahisseurs discrets ... mais très présents


Pourquoi la Normandie a-t-elle laissé longtemps de côté ses origines vikings ?

Jean-Marie Levesque : « Je ne dirais pas que la Normandie a laissé de côté ses origines vikings. Elles sont très présentes dans la culture populaire, mais sous une forme ludique, festive. Mais elles n’étaient pas prises en compte par les institutions. Qui n’en éprouvaient pas la nécessité car l’histoire de la Normandie est très riche. Et il n’y a pas vraiment lieu de parler d’héritage viking. En 911, Rollon est baptisé et devient un chrétien présentable. Les Vikings passent de l’image de guerriers sanguinaires (pas plus guerriers que les autres d’ailleurs) à celle de princes fondateurs. Ils écrivent l’histoire de la Normandie, mais c’est l’histoire d’une intégration.

En fait, il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que la question des Vikings sorte du champ de l’érudition. En 1911, les fêtes du millénaire de la Normandie ont été grandioses. Mais les difficultés se sont ensuite accumulées sur les cornes des Vikings. Ils ont été ceux qui ont fait le siège de Paris, puis on a eu tendance à les assimiler à l’ennemi germanique... »

Didier Patte : « Une précision tout d’abord. Je suis très content que l’on reparle de l’héritage viking. Mais cela présente un contraste étonnant avec la position de l’ancien président de la région, qui se demandait pourquoi on fêtait 2011...

Ma position est très nuancée. L’héritage normand est bien plus riche que l’héritage viking. Les Vikings ont tout de suite été intégrés. La proportion de population scandinave ne devait pas excéder 5 à 10 %. Il ne faut donc pas se focaliser sur nos ancêtres scandinaves. La Normandie est née avec quelques Vikings qui se sont implantés et ont fait alliance avec l’Église. »

Que reste-t-il des Vikings ?

J.-M. L. : « Un paradoxe : ces envahisseurs ont été remarquablement discrets. On sait qu’ils étaient là, mais on si on fait le bilan des objets qui ont été retrouvés, on est en présence d’une cinquantaine de pièces : quelques armes découvertes dans la Seine et conservées au musée des antiquités, des vestiges de navires de combat, une broche féminine (il y a eu au moins une femme...), mais vous ne trouverez pas de monument. Un éphémère musée de l’histoire normande a existé entre 1911 et 1924, à l’emplacement de l’actuel musée Le Secq des Tournelles, les collections sont conservées au musée de Fécamp et au musée des Beaux-Arts. Les seules traces plus importantes, une sépulture dans un bateau, ont été trouvées en Bretagne. Avouez que c’est vexant... Enfin, de très nombreux noms de communes et de familles rappellent la présence scandinave. »

D.P. : « Pas grand-chose. Il y a bien eu un musée à Rouen, mais il était très folklorique. C’est pour ça qu’il n’a pas tenu. D’où l’importance, si on construit quelque chose, de faire du sérieux. Ce qui n’empêche pas de rester ludique. Et il y a effectivement très peu de vestiges. Il ne faut pas oublier que c’était une civilisation du bois... Restent de nombreux noms de lieux, comme celui d’Ecaquelon, où j’habite. Il signifiait « La forêt pentue », caque étant un mot de patois norvégien. Comme quoi les Vikings normands ne venaient pas tous du Danemark. Et si l’on étudie la répartition des noms de lieux d’origine viking, on s’aperçoit qu’ils sont proches de la mer, ou d’un cours d’eau. »

À l’heure où elle sera bientôt réunie, cette réappropriation de l’histoire viking ne risque-t-elle pas de tourner l’image de la Normandie vers le passé ?

J.-M. L. : « L’histoire est une science de l’avenir ! Si elle étudie les sociétés du passé, elle sert à se projeter vers l’avenir. Le travail sur la question des origines sert aussi à la construction d’entités appelées à se développer dans un espace européen. Le processus est très classique dans l’organisation d’une nouvelle entité territoriale : elle déclenche un nouvel intérêt pour l’histoire. »

D.P. : « C’est vrai qu’il est préférable de regarder vers l’avenir. Mais il faut bien connaître le passé pour affronter l’avenir. Ce n’est donc pas mauvais, à condition de ne pas se complaire dans le passé. Les Vikings ont apporté leur esprit aventureux, leurs connaissances nautiques. Dans le cadre de la réunification administrative (c’est le plus important), la Normandie devrait retrouver sa vocation maritime. La France est la deuxième surface maritime du monde. Pour retrouver cette vocation, il faut se rappeler ce que nous avons été. »


Publié le 21/12/2014 à 07h43.
Source :Paris-Normandie
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Re: Les Vikings redébarquent en Normandie

Message par Normand-Quebecois le Mar 23 Déc 2014 - 21:26

Très intéressant!!! En passant, super joli les p'tits flocons de neiges sur le site, pour souligner la venue des fêtes et de l'hiver!!

Joyeuses fêtes a tous!!!

 St Olaf 5  
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Re: Les Vikings redébarquent en Normandie

Message par Steinn le Jeu 1 Jan 2015 - 13:53

Merci, et joyeuses fêtes à toi et à tous les cousins Québécois !
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