Le gâchis médiatique normand

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Le gâchis médiatique normand

Message par Steinn le Lun 16 Avr 2012 - 8:44

Source :arrow: Tvnc.tv

Jeudi 29 Mars 2012


Rien n’illustre mieux les conséquences désastreuses de la division normande que le gâchis médiatique auquel nous assistons avec la descente aux enfers de la désespérance sociale consécutive à la déconfiture du quotidien Paris – Normandie.

Alors que la Normandie a toujours été une terre riche en matière de presse écrite, depuis plus de deux siècles, alors que la presse hebdomadaire y connaît un succès remarqué et enviable, alors que la densité de la population – dans sa partie orientale notamment – sous-tendrait normalement un lectorat important, fidèle, voire exigeant, on assiste depuis quelques décennies à une dégringolade des chiffres de vente d’un quotidien régional en situation de monopole.

La diffusion vendue des journaux du Groupe Hersant Media en fait foi :
• 2006 : 95 412
• 2010 : 79 614
• 2011 : 75 716 (Source O.J.D., reprise par Fil/Fax du 22 février 2012)

Disons-le carrément, c’est minable au regard d’une population dépassant le million et demi d’habitants, malgré trois ou quatre faux – titres différents (Paris-Normandie, Le Havre Libre, Le Havre-Presse, Le Havre-Le Progrès). Nous disons bien faux-titres car, en fait, il s’agit du même journal sous des appellations différentes avec des pages locales qui, seules, changent puisqu’elles s’adressent à des zones ciblées. La structure de ces titres est la même et les articles généralistes identiques. Le comble de l’absurdité – pour un lecteur extérieur – est atteint au Havre où Le Havre Libre (d’origine plus à gauche) et Le Havre–Presse (d’obédience plus à droite jadis) déversent les mêmes contenus insipides.

Nous n’évoquerons pas le désastre social annoncé des cent douze postes supprimés le 4 avril prochain. Disons que l’on a pu constater une lente érosion du nombre des collaborateurs du pôle normand de G.M.H. (Groupe Hersant Media) depuis plusieurs lustres : cette dégradation du salariat traduisait le primat accordé à une vision comptable du devenir du groupe et elle ne pouvait que contribuer à une baisse de la qualité du produit offert aux lecteurs.

Nous n’évoquerons pas non plus les déboires financiers du Groupe Hersant Media et toutes les manœuvres autour de la vente à la découpe de l’ensemble, dont le pôle normand semble avoir été exclu (car le moins intéressant au plan de la rentabilité). Les grandes manœuvres continuent : nous ne sommes pas au bout des tractations, donc de l’agonie des journaux du pôle normand. Observons cependant que les solutions (sic !) paraissent toutes venir de l’extérieur de la Normandie. Le Groupe franco-belge Rossel semblant tenir la corde… Corde qui pourrait bien être celle du pendu si l’on considère les conditions drastiques exigées pour que les publications ne cessent pas de paraître. Ce qui, d’ailleurs, est une éventualité qu’on ne saurait négliger.

Ce que nous retenons, c’est que la Normandie se révèle aujourd’hui incapable de générer sa propre presse régionale quotidienne et que – ce n’est pas d’hier – elle est soumise aux oukases et aux foucades de groupes de presse extérieurs (Ouest-France, G.M.H., Rossel) pour lesquels la prise en compte des intérêts de la Normandie n’est pas la préoccupation première…

Etonnez-vous dès lors que votre fille soit muette… et que le lectorat, dans la partie orientale de la Normandie, s’effiloche… Ce n’est pas le cas pour la partie occidentale où Ouest-France (et la Presse de la Manche) joue pleinement son rôle de medium, c’est-à-dire d’outil indispensable à la sociabilité des populations, de vecteur de l’activité, en un mot, d’information.

Car c’est là où nous voulons en venir : Paris-Normandie et ses faux-nez jouent-ils encore un rôle médiatique incontournable dans leurs aires de diffusion ?

A l’évidence, non. Et la qualité des rédacteurs, nous nous empressons de le dire, n’est pas en cause. Les journalistes, de par leur nombre allant s’amoindrissant et la latitude qui leur est accordée, ne peuvent déployer tous leurs talents. Et, pour être plus précis, sans remonter à Gorges Dubosc, l’érudit échotier du Journal de Rouen, au début du vingtième siècle, nous pensons à certaines plumes dont on cherchait à connaître les écrits aux temps de Pierre-René Wolf, Roger Parment, Yvon Hecht et tant d’autres… Nous avions des spécialistes en matière culturelle (Maurice Morisset par exemple), dont on attendait les critiques, des journalistes historiens (Yvon Pailhès en était un) et des chroniqueurs en adéquation avec l’énorme potentiel patrimonial et économique de la région. Bref Paris – Normandie était un pôle culturel productif alors qu’aujourd’hui il ne lui reste que d’être le réceptacle sans distanciation des manifestations se déroulant dans cette moitié de Normandie.

Y a-t-il eu erreur stratégique originelle pour Paris-Normandie qui, pendant longtemps, se diffusa non seulement sur la haute Normandie, mais aussi à Caen et dans le Mantois… ? Pierre-René Wolf, sans doute, ambitionnait de conquérir Paris (d’où le titre), tout au moins la partie occidentale de l’Ile-de-France : sans doute aurait-il fallu qu’il se lançât plutôt avec plus d’énergie en direction du Calvados… L’abandon de la rédaction de Caen a consacré le Yalta journalistique qui a divisé la Normandie : Ouest-France régnant en maître dans la partie occidentale et Paris-Normandie voulant monopoliser la presse quotidienne à Rouen, l’Eure, la Vallée de la Seine, le plateau cauchois et le Pays de Bray…

Car il y a cela aussi qu’il faut dire : la volonté monopolistique de Paris-Normandie s’attachant à évincer toute autre concurrence quotidienne (Normandie-Matin par exemple, du Groupe Amaury) a entraîné une baisse de la qualité faute de stimulation et d’émulation. C’était confortable, mais, à terme, mortifère…

Toujours est-il que Paris-Normandie se refusant finalement à avoir une ambition normande globale s’est rétréci (c’est fatal) vers un localisme déplorable qui a conduit à la situation aberrante présente : aucune vision globale, non seulement des problèmes normands, mais des événements se déroulant dans l’aire d’influence du pôle normand du G.H.M…. Parce que nous lisons plusieurs éditions des journaux du Groupe Hersant Media (Paris-Normandie Eure, Grand Rouen, Le Havre Libre), nous entrevoyons l’actualité économique et sociale de l’Axe Seine, mais, demandez donc à un Rouennais s’il apprend dans son édition Grand Rouen les évolutions du Port du Havre ou les activités culturelles des villes de l’Eure et vous serez effrayé du nombrilisme obligé que le journal local engendre !

En tant que Mouvement Normand, nous regrettons que Paris-Normandie ait contribué de la sorte au localisme imbécile – qui arrange bien des élus –, véritable plaie de la Normandie, à une longue, très longue méfiance entre Le Havre et Rouen, à une ignorance des problèmes caennais et bas normands. Nous pourrions en dire autant de Ouest-France, même si ce journal, disposant de plus de moyens, jette quelquefois des lueurs sur ce qui se passe dans la partie orientale de la Normandie.

Donnons, au passage, un exemple : les Caennais sont-ils mis au courant des programmes du Théâtre des Arts de Rouen ? Les Rouennais sont-ils avertis des prestations des Arts Florissants de William Christie en résidence à Caen ?

Bref, Paris-Normandie (et, à un moindre titre, Ouest-France) ne communique pas une image globalisante et gratifiante de la Normandie et se complait dans un localisme sans perspective… à un moment où l’actualité régionale prend de l’ampleur, où les problèmes d’aménagement du territoire rendent obligatoires les visions grand angle sur les problèmes normands.

Autre approche de la question.

On constate le succès de la presse gratuite et l’apparition de nouveaux media (radios, T.V. multiples, notamment sur le web) et il en résulte, sinon une saturation, du moins une véritable concurrence dans laquelle la presse écrite payante se retrouve défavorisée. Nous notons que la presse gratuite (Tendance Ouest Rouen, Côté Rouen) meuble ses pages par des articles culturels… que l’on ne retrouve plus depuis longtemps dans Paris-Normandie, s’attachant notamment à la redécouverte du patrimoine et des lieux et à la présentation des personnages illustres… Radios et chaînes T.V. sont souvent plus réactives que la presse écrite… qui devrait répliquer par plus de profondeur dans l’analyse. Or, c’est le contraire qui se produit. « Faut faire court », semble être le leitmotiv des rédactions qui sacrifient à la publicité, aux publications légales, aux petites annonces et aux pages sportives, quand ce n’est à des pages magazine, souvent très proches du publi-reportage de complaisance. Où est, dans ce contexte désastreux, le « plus » journalistique qui distinguerait la presse écrite quotidienne et la rendrait, sinon indispensable, du moins attirante et source de réflexions ?

Enfin, et c’est une antienne que le Mouvement Normand a maintes fois développée, la concurrence de la communication institutionnelle gratuite (c’est-à-dire payée par les contribuables, sans qu’ils en soient avertis) est une des causes de l’inutilité croissante ressentie d’un journal quotidien comme Paris-Normandie.

Les collectivités territoriales (Région, départements, métropoles et C.D.C., villes) se livrent à une telle débauche de bulletins de ceci, de revues de cela (et même d’une dispendieuse chaîne de télévision !) qu’un citoyen moyen, saturé, n’éprouve plus le besoin d’acheter un journal puisque, dans sa boite à lettres, il reçoit son content de nouvelles diverses. Bien évidemment, c’est de la communication et non de la presse : le filtre de l’esprit critique journalistique n’existant plus, « tout il est beau, tout le monde il est gentil », et le citoyen se croyant informé ne se rend plus compte qu’il est manipulé. La conséquence, en tout cas, c’est la moindre appétence de l’éventuel lecteur d’un journal quotidien, qui n’a plus l’obligation d’acheter le canard local pour être informé.

En conclusion, nous nous permettrons de ne pas être impressionnés par les larmes de crocodile des notables qui s’apitoient sur le sort de Paris-Normandie : ils sont, en grande partie, responsables de la déglingue du titre.
Quand nous lisons dans Fil/Fax du 23 mars 2012 cette motion du Conseil général de l’Eure, ainsi formulée : « En ces moments graves, où nous nous devons de défendre l’emploi et le pluralisme de la presse, nous voulons rappeler aux dirigeants du Groupe Hersant Media qu’ils ont une responsabilité citoyenne et qu’ils sont dépositaires des principes issus de la Révolution et de la Libération de liberté d’information et d’expression », nous dénonçons l’enflure ridicule du propos et l’hypocrisie d’une caste d’élus cherchant à se faire bien voir des salariés à la peine tout en s’exonérant de leurs responsabilités inavouables.

Didier Patte
Président du Mouvement Normand

Rédaction TVNC

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Re: Le gâchis médiatique normand

Message par JPL27 le Lun 16 Avr 2012 - 12:07

rédacteur et journaliste ne sont pas excent d'erreur...
quand au "Yalta journalistique" les bas normand font tout pour la non réunification on a encore vue dernièrement avec les éoliennes... c’était avant tout une bataille entre les haute et la basse Normandie.... (voir l'article "Cherbourg égorge Le Havre")

donc Hersant ok n'en veut plus c'est clair, mais est il vraiment le responsable...

si tu prend Ouest FRANCE il y aussi un anti Normandie profond...même de voir la manche devenir Bretonne....
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