La pollution aux PCB

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La pollution aux PCB

Message par Virginie le Mar 24 Jan 2012 - 8:34

Normandie : l'art d'accomoder le crabe pollué aux PCB

Pêche. Le crabe de la baie de Seine est propre à la consommation, mais pas tant que ça : pêcheurs et autorités sanitaires composent avec les polluants.


Les amateurs normands de tourteaux doivent désormais faire le tri entre la chair blanche et la chair brune fortement contaminée aux PCB et aux dioxines
Stéphanie Péron-Jaume


LE HAVRE (Seine-Maritime). La pêche n’a pas été miraculeuse mais ce samedi matin-là, sur le marché aux poissons du Havre (Seine-Maritime), il y a du tourteau. A 5 euros le kilo sur l’étal de cette mareyeuse, les rares crabes sont partis comme des petits pains.

« S’ils ont réautorisé la pêche, c’est que tout est bon », pense naïvement la commerçante. Que la chair brune des tourteaux et des étrilles de la baie de Seine soit contaminée par les PCB ? « Je ne suis pas au courant de ça. » Les clients non plus donc, la plupart ignorant les recommandations des autorités sanitaires qui conseillent de ne pas consommer cette chair brune constituée des branchies, des gonades et de l’appareil digestif contenus dans le thorax des crustacés. S’agissant en revanche de la chair blanche des pattes, des pinces et du thorax, on peut y aller les yeux fermés. Elle est clean. Contaminée elle aussi, mais à un degré conforme aux seuils réglementaires. La chair brune, elle, concentre jusqu’à vingt fois plus de polluants.

Alors oui, la pêche et la commercialisation de ces espèces a repris fin novembre dans l’estuaire, après quatre mois d’interdiction pour cause d’imprégnation aux PCB et aux dioxines. S’appuyant sur des enquêtes complémentaires réalisées sur des animaux prélevés à l’automne dernier dans une zone allant de Cherbourg au Tréport, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu le 16 novembre 2011 un avis permettant de lever les mesures d’interdiction prises le 29 juillet. Mais que penser de ce compromis fait sur le dos des tissus gras qui fixent la pollution ? Le tourteau peut-il vraiment être à moitié bon seulement ?

Pour expliquer ce virement de bord, Benoît Tribillac, directeur départemental de la protection des populations (DDPP), rappelle qu’en mai 2011, « la réglementation communautaire a changé. Auparavant, l’analyse de ces tourteaux était réalisée sur l’ensemble de la bête. Dorénavant, elle porte sur les parties les plus généralement consommées, les pinces et la chair blanche du thorax. La nouvelle campagne a conclu qu’on pouvait remettre ces produits en vente. » Pour surveiller l’évolution du taux de contamination, un programme de prélèvements se poursuit en 2012. Les crevettes et les bulots font également l’objet d’une campagne de suivi.
A la Direction interrégionale de la Mer, au Havre, l’adjoint au directeur Patrick Sanlaville traduit la décision des autorités de remise sur le marché des crabes par une sorte de réalisme pragmatique : « Mieux vaut prendre des mesures proportionnées au problème que des mesures excessives, qui tueraient la confiance des professionnels et des particuliers. On ne distinguerait plus le risque réel du risque hypothétique et ce serait au final inefficace. »

Pour l’association Robin des Bois, en pointe sur le dossier des PCB, « on ne s’attaque pas aux causes de la pollution, on s’adapte », critique la porte-parole Christine Bossard. Patrick Sanlaville le regrette aussi. « Je crois que malheureusement, les PCB, on vit avec… » Et de plus en plus même. Le projet d’amélioration des accès du port de Rouen, en cours, qui consiste à araser le chenal sur 120 km entre Honfleur et Rouen, va remuer au passage des millions de mètres cubes de sédiments contaminés.



Alexis Maheut (pdt comité régional des pêches) : "On n'a rien à cacher"

Le président du Comité régional des pêches de Haute-Normandie Alexis Maheut juge « scandaleux » que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (*) ait mentionné la non-conformité de la chair brune des animaux pêchés dans l’estuaire de la Seine. En vertu de la nouvelle réglementation en vigueur depuis mai 2011, « les analyses doivent se faire sur la chair blanche, en aucun cas sur la chair brune. On n’a rien à cacher, mais écrire ça dans le rapport, ça plombe ! », se plaint le représentant des pêcheurs. L’agacement est d’autant plus palpable que la filière a souffert des quatre mois d’interdiction de pêche. Selon le Comité, une dizaine de caseyeurs sont concernés en Haute-Normandie, plus la pêche occasionnelle des chalutiers.


Roland Hébert, marin-pêcheur au casier, sur le port du Havre, évoque un beau gâchis. « L’interdiction prise au cœur de l’été s’est faite dans la précipitation sous la pression des écologistes par des fonctionnaires qui ont ouvert le parachute. La réouverture à un mois des fêtes de fin d’année, n’a pas permis de relancer la pêche à temps. » Seule consolation, la clientèle du marché aux poissons du Havre est restée confiante. « Les gens n’ont pas compris l’interdiction qui les a privés de tourteaux pendant un bon trimestre. Ils savent bien que notre objectif n’est pas de les empoisonner. »

(*) Avis du 11 novembre 2011 consultable sur le site Internet
:arrow: http://www.anses.fr/


Mieux comprendre

- PCB. Les polychlorobiphényles sont des composés chimiques synthétiques longtemps utilisés pour leurs propriétés isolantes. Classés comme « cancérogènes probables » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), ils sont interdits en France depuis 1987.

- Risque. Les PCB se concentrent dans les tissus graisseux tout au long de la chaîne alimentaire. C’est l’accumulation qui présente un risque à long terme pour les gros consommateurs.

- Tri sélectif. Dans son avis du 16 novembre 2011, l’Anses recommande de ne pas consommer la chair brune des tourteaux et des étrilles de la baie de Seine, fortement contaminée aux PCB et aux dioxines. Pour éviter une contamination de la chair blanche du thorax par la chair brune, l’Agence préconise le respect de codes d’hygiène stricts.

- Et la sardine ? Frappée d’interdiction de commercialisation depuis le 8 février 2011, la sardine pourrait bénéficier d’un retour en grâce similaire à celui du crabe. Benoît Tribillac, de la Direction de la protection des populations, indique que « des études sont en cours sur une éventuelle commercialisation sous forme de filets, sans les parties grasses. Il y a des perspectives d’évolution des réglementations, non pour aller vers moins de protection du consommateur, mais vers la valorisation des produits qui sont valorisables. »

Sandrine Grosjean

:arrow: Paris Normandie
23/01/12
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Virginie


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Re: La pollution aux PCB

Message par Virginie le Mar 24 Jan 2012 - 8:38

PCB : l’ANSES met en garde contre les poissons d’eau douce

Les femmes enceintes et les enfants devraient réduire à une fois tous les deux mois leur consommation de certaines espèces de poissons riches en polychlorobiphényles (PCB). Le reste des Français peut manger carpe ou anguille jusqu’à deux fois par mois, recommande l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).

Les PCB sont interdits en France et à l’étranger depuis 1987, ils restent présents dans l’environnement, notamment dans les rivières. Dès 2006, l’Europe a fixé des teneurs maximales à ne pas dépasser dans les denrées alors que la France promulguait des restrictions de pêche et des recommandations de non-consommation des poissons d’eau douce dans certaines régions particulièrement contaminées.

Afin d’affiner ces mesures, l’ANSES a lancé en 2008 une étude sur l’imprégnation aux PCB des consommateurs de poissons de rivière. 606 pêcheurs amateurs ou membres de leur foyer et 16 pêcheurs professionnels ont été suivis pendant 4 ans dans le but d’établir un lien éventuel entre la consommation de ces poissons qui accumulent le PCB (« bio-accumulateurs ») et l’imprégnation sanguine.

Niveau de consommation faible.

L’étude montre que le niveau de consommation des poissons d’eau douce est faible. Les pêcheurs amateurs se contentent d’un poisson par mois, et encore, des moins bio-accumulateurs (ceux-ci ne sont consommés que 2,5 fois par an). Seulement 13 % de cette population mangerait des espèces fortement accumulatrices plus de 2 fois par an. Les niveaux d’imprégnations aux PCB étudiés chez les pêcheurs sont du reste similaires à ceux de la population générale et inférieure à ceux observées dans les années 1980, avant leur interdiction. L’étude montre également que la consommation des espèces bio-accumulatrices (anguilles, barbeaux, brèmes, carpes, silures) provoque bien une augmentation de l’imprégnation aux PCB. Ce dernier résultat a conduit l’ANSES à s’auto-saisir afin de déterminer une fréquence de consommation maximale de ces poissons fortement bio-accumulateurs sans risque sur le long terme. L’agence recommande de limiter leur consommation à 1 fois tous les 2 mois pour les femmes en âge de procréer, enceintes, ou allaitantes, et pour les enfants de moins de 3 ans, les fillettes et les adolescentes, et à 2 fois par mois pour le reste de la population. L’ANSES précise que ces recommandations ne s’appliquent pas dans les régions de forte contamination, où toute consommation est proscrite.

› COLINE GARRÉ

:arrow: Le Quotidien du Médecin
20/01/12
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Virginie


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