Littérature

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Littérature

Message par Carente50 le Jeu 12 Jan 2012 - 18:53

Re visitez Jules Barbey d'Aurevilly Ce superbe écrivain normand qui adorait sa Normandie relisez un "prêtre marié" c'est remarquable...
avatar
Carente50


Revenir en haut Aller en bas

Re: Littérature

Message par Steinn le Ven 27 Jan 2012 - 7:46



Un prêtre marié - Jules Barbey d'Aurevilly (1864)

"Le bon Dieu! - fit-il avec un rire sauvage - où est-il, le bon Dieu?... Est-ce celui-là qui met dans nos coeurs l'amour des enfants pour nous les prendre, quand nous les avons élevés... quand de votre chair qu'ils étaient, ils sont devenus notre vie, le bonheur, la gloire de notre vie! Le bon Dieu! Ah! je le méprisais déjà, comme une idée fausse, mais s'il pouvait exister - à présent je le haïrais comme un bourreau!..."

Dans l'obscure province de Basse-Normandie, le château du Quesnay coule des jours paisibles, comme endormi par la Révolution et oublié d'un Empereur en pleine gloire. C'est alors qu'un personnage fait son retour dans ces ruines d'une époque troublée: Jean de Sombreval, ancien prêtre qui a renoncé à Dieu et à la soutane par esprit critique et de révolte. "Il était laid et il aurait été vulgaire, sans l'ombre majestueuse de toute une forêt de pensée qui semblaient ombrager et offusquer son grand front, coupé comme un dôme. Il était haut de taille, vaste d'épaules, doué d'une vigueur physique inférieur à celle de ses frères (des Goliath!), mais assez redoutable encore pour qu'il pût, sans appeler à son aide, relever une charette versée sur la route et la replacer droit dans l'ornière; mais ses épaules, un peu voûtées, touchaient ses oreilles, et il n'était pas fait au tour, comme dit l'expression proverbiale, mais à la hache; dégrossi à grands coups, inachevé."

Accompagné de sa fille, Calixte, il s'enferme dans cette forteresse terne et grisâtre, s'adonne à l'alchimie, et laisse médire les paysans alentours qui parlent de relation incestueuse et de sorcellerie, et même sa vieille nourrice, la Malgaigne, qui a prédit la perte de la famille Sombreval: "Elle meurt de son père comme on meurt d'un cancer du sein, cette fillette (...) Quand je n'avais pas peur de prendre l'avenir dans ces mains d'argile, vous n'étiez pas nés, vous et Calixte: il n'y avait encore sur la terre que Jean Sombreval. Je ne vis que son sort, à lui qui devait étouffer Dieu dans son âme, tuer son père, tuer sa femme, tuer sa fille, tuer l'homme assez enfantômé pour aimer cette morte vivante; tuer jusqu'à ce château convoité et acheté par l'orgueil, et qui en tuerait jusqu'aux pierres, si des pierres, cela pouvait mourir!"

Survient alors le jeune Néel de Néhou, qui tombe amoureux fou de Calixte. Mais la jeune fille, qui porte en permanence au front un ruban rouge pour dissimuler une marque de naissance en forme de croix romaine, ce que son père a pris pour une provocation divine, est une croyante confirmée qui se désole de l'abandon de la foi par son père et, bien qu'elle lui voue un amour fort et pur, se meurt de ne pouvoir le ramener dans le droit chemin. Alors, quand la jeune fille bascule inexorablement vers la mort, Sombreval accepte de renouer avec Dieu... mais l'irréductible divinité en a décidé autrement, et sa vengeance sera implacable.

Nimbé de teintes cuivrées, rougeoyantes comme le feu, brunes comme les marais, ce récit de Barbey d'Aurevilly est un des plus sombres de l'auteur. Marqué par le sceau de l'étrange dont l'auteur aime assaisonner ses récits, le roman mêle avec brio la beauté de la langue, le style de la plume à un récit - certes un peu long - dans la tradition du drame Shakespearien transposé, souvent de nuit, dans la poisseuse province d'une Normandie venteuse, arriérée et vouée autant à Dieu qu'au Démon. Et quelle écriture! Rythmée, dosée, recherchée, un vrai plaisir à lire, dont la forme suffirait à nous ravir si le sujet ne nous captivait pas a plus haut point. "Son père mourut de cette nouvelle, comme on meurt d'un coup de fusil, tiré à bout portant. En apprenant le crime et la forfaiture de son fils, il n'eut que le temps de le maudire. Un vaisseau se rompit dans sa poitrine et le flot du sang de ce coeur brisé noya les dernièrs mots de cette malédiction suprême dans un gargouillement plus affreux qu'une imprécation."

Se démarquant de ses contemporains réalistes de l'époque, Barbey d'Aurevilly livre ici une composition captivante et angoissante parfois, fatale même, dans la ligne de ses écrits les plus sombres (L'ensorcelée en particulier). En faisant des lieux un personnage à part entière - le château du Quesnay et même son étang - il nous plonge d'emblée dans un monde à la fois réaliste, plausible, et effrayant, inquiétant de réalité.

"Du reste, ainsi que le canal Orfano, l'étang du Quesnay avait ses mystères. On s'y noyait très bien, et très souvent à la brune. Etaient-ce des assassinats, ou des accidents, ou des suicides, que ces morts fréquentes?... Qui le savait et qui s'en inquiétait?... L'eau silencieuse et morne venait jusqu'à la route. Y pousser un homme qui passait au bord était aisé. Y tomber, plus facile encore. Avant mon âge de douze ans, j'en avais vu déjà retirer bien des cadavres."

A découvrir.

avatar
Steinn


Revenir en haut Aller en bas

Re: Littérature

Message par Erik le Dim 29 Jan 2012 - 21:10

Carente50 a écrit:Re visitez Jules Barbey d'Aurevilly Ce superbe écrivain normand qui adorait sa Normandie relisez un "prêtre marié" c'est remarquable...
Excellente idée. Ou encore les Diaboliques. Avec la terrible histoire du Bonheur dans le crime.
avatar
Erik


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum